Question à M. Christophe Lecourtier, directeur général de l’Agence française de développement (AFD), sur les activités et les perspectives du groupe AFD.
Pour suivre l’ensemble de l’audition, cliquer sur le lien suivant : https://videos.assemblee-nationale.fr/video.19327606_6a4dfaaa4bed7.commission-des-affaires-etrangeres–m-christophe-lecourtier-directeur-general-de-l-agence-francai-8-juillet-2026
Réponse à ma question de M. Christophe Lecourtier, directeur général de l’Agence française de développement (AFD), sur les activités et les perspectives du groupe AFD.
Pour suivre l’ensemble de l’audition, cliquer sur le lien suivant : https://videos.assemblee-nationale.fr/video.19327606_6a4dfaaa4bed7.commission-des-affaires-etrangeres–m-christophe-lecourtier-directeur-general-de-l-agence-francai-8-juillet-2026
Article du journal Le Monde :
« L’aide publique au développement est un investissement stratégique pour la France »
Alors que Christophe Lecourtier, actuel ambassadeur au Maroc, est pressenti pour remplacer Rémy Rioux à la tête de l’Agence française de développement, un collectif rappelle, dans une tribune au « Monde », que dans le contexte de rivalité internationale, l’aide publique au développement est un instrument légitime de soutien à nos entreprises.
Tribune collective :
Bertrand Badré, ancien directeur général de la Banque mondiale ; Pierre de Boisséson, économiste ; Alena Fargère, experte en transition énergétique ; François Gemenne, professeur à HEC Paris ; Alain Grandjean,président de The Other Economy ; Charles-Antoyne Hurstel, spécialiste des enjeux de développement ; Amir Jahanguiri, avocat ; Amélia Lakrafi, députée (Ensemble pour la République) des Français établis hors de France ; Alix Pinel, associée chez Enko Capital ; Laetitia Saint-Paul, députée (Horizons) du Maine-et-Loire ; Antoine Vermorel-Marques, député (Droite républicaine) de la Loire
Lire l’article sur le lien suivant du journal Le Monde ou ci-dessous :
L’aide publique au développement, un investissement stratégique pour la France
Maroc, Gare de Salé-Ville. Le tramway en direction de Massira est bondé de travailleurs. Les rames, construites par Alstom, sont bien entretenues ; l’exploitation de la ligne, assurée par Veolia Transdev, est un succès reconnu. Le projet a été financé en partie par l’Agence française de développement. Un service public essentiel pour la population locale et des entreprises françaises au cœur de la réalisation : voilà ce que peut produire l’aide publique au développement française (APD) lorsqu’elle est pensée intelligemment. Voilà, surtout, son avenir.
Depuis quelques mois, pourtant, l’APD est devenue un objet de critiques : trop lointaine, trop abstraite, très facile à caricaturer. Dans un pays inquiet, à juste titre, pour ses retraites, son agriculture ou le pouvoir d’achat, il est tentant de dénoncer ces milliards envoyés « ailleurs ». À en croire ses détracteurs, sa suppression permettrait de réaliser des économies importantes, sans conséquence pour les Français, puisque les bénéficiaires seraient uniquement étrangers. L’argument est séduisant, a les apparences du bon sens. Mais il est trompeur : derrière cette logique se cache une vision court-termiste, strictement comptable, et possiblement erronée de l’intérêt national.
La première mission de l’aide au développement est de lutter contre la pauvreté. Cette ambition peut paraître désuète, mais elle est essentielle dans le monde de demain. Faisons abstraction, un instant, de toute considération morale ou du devoir universel de la France. Cette mission répond avant tout à un intérêt clair : accompagner des dynamiques démographiques qui, faute de développement économique, risquent de devenir difficilement maîtrisables.
D’ici à 2050, près d’un milliard de personnes supplémentaires vivront sur le continent africain. Le progrès économique de ces pays constitue la seule voie pour éviter des crises migratoires majeures, dont les conséquences se répercuteraient directement sur nos propres équilibres, qu’il s’agisse de nos systèmes sociaux, de notre agriculture ou de notre stabilité économique.
L’aide publique au développement est également un instrument central de l’influence française. Elle constitue l’un des principaux leviers de présence, de crédibilité et de rayonnement de la France et de la francophonie dans de nombreux pays. Ce qu’il reste aujourd’hui de l’influence française en Afrique est largement lié à cet outil. Il est d’ailleurs paradoxal de constater que certains de ceux qui déplorent l’effacement de la France sur la scène internationale plaident simultanément pour la suppression de l’un de ses principaux instruments d’action. D’autres puissances, à commencer par la Chine ou la Russie, se réjouiraient de combler le vide laissé par un désengagement français.
N’y a-t-il pas néanmoins une leçon à tirer de ces critiques ? La France est contrainte budgétairement et l’aide publique au développement n’y échappera pas. Elle devra faire mieux avec moins.
Cessons de s’éparpiller. L’APD doit se concentrer là où elle compte vraiment. Au Sahel d’abord : un espace historique, où la France doit exercer plus de responsabilités et où développement et sécurité sont indissociables. En Méditerranée élargie et dans l’Indopacifique ensuite, théâtres de rivalités stratégiques où la France peut offrir une alternative crédible à la Chine. Ailleurs, une présence plus légère suffit : ciblée, diplomatique, portée par nos ambassades. Mieux vaut moins de projets, mais plus de sens.
Et puis, tirons parti de notre secteur privé. L’APD doit mobiliser bien davantage de financements privés, en utilisant l’argent public comme catalyseur et non comme fin en soi, pour maximiser l’impact de chaque euro engagé. Cette logique d’effet de levier exige une évaluation rigoureuse des résultats, une concentration sur des projets structurants, et une articulation serrée entre financements publics, banques de développement et investisseurs privés.
Surtout, il faut assumer une préférence française et européenne. L’Union Européenne dispose de certaines des entreprises d’infrastructures les plus performantes au monde, mais la France continue d’hésiter à leur confier des projets financés par son aide au développement, comme si le soutien à ses propres champions relevait d’un malaise moral. Faut-il vraiment considérer comme plus vertueux que la quasi-totalité des projets d’infrastructures en Afrique subsaharienne soient remportés par des entreprises chinoises ?
Dans un contexte de concurrence internationale assumée (où d’autres puissances conditionnent sans complexe leurs financements à l’emploi de leurs fournisseurs nationaux) cette retenue n’est plus une vertu, mais un handicap. Faire de l’APD un instrument de soutien à nos entreprises est à la fois légitime, stratégique et nécessaire.
L’aide au développement n’est pas seulement une question de générosité : elle constitue un investissement stratégique dans notre sécurité, notre économie et notre place dans le monde. Elle garantit à la France de demeurer une puissance d’équilibre dans un monde de plus en plus fragmenté et polarisé.