Lettre ouverte à M. Bruno D
Monsieur,
J’ai lu avec attention votre courriel à la suite de mon vote contre le projet de loi relatif à la fin de vie. Je vous remercie de m’avoir écrit avec respect. Votre interrogation est légitime et mérite une réponse publique, car elle rejoint celle de nombreux Français.
Vous me demandez les raisons de mon vote. Vous évoquez une éventuelle motivation religieuse et vous estimez que cette position me fera perdre des voix. Je souhaite vous répondre avec la même franchise.
Mon vote n’est dicté ni par une croyance religieuse, ni par une indifférence à la souffrance. Il est le fruit d’une réflexion approfondie, nourrie par des échanges avec des médecins, des soignants, des juristes, des philosophes, des associations, des familles et des personnes malades.
Comme vous, je refuse que nos concitoyens souffrent inutilement. Mais je ne crois pas que la réponse à la souffrance soit de donner la mort.
Le rôle du législateur n’est pas seulement de répondre à des situations individuelles, aussi bouleversantes soient-elles. Il est aussi de mesurer les conséquences d’une loi pour l’ensemble de la société, aujourd’hui comme demain. Une loi ne répond pas uniquement à une attente ; elle fixe un repère et façonne durablement notre pacte social.
À cet égard, les expériences étrangères montrent que les critères d’accès à l’euthanasie ou au suicide assisté ont eu tendance à s’élargir au fil du temps. Ce constat invite à la prudence. Comme l’a rappelé avec force le professeur Philippe Juvin à la tribune de l’Assemblée nationale, nous ne modifions pas seulement un texte : nous transformons le rapport de notre société à la médecine, à la vulnérabilité et à la solidarité.
Je demeure convaincue qu’avant d’envisager une telle évolution, notre priorité doit être de garantir à chaque Français un accès effectif aux soins palliatifs. Aujourd’hui encore, trop de nos compatriotes en sont privés selon leur lieu de vie. Cette inégalité est inacceptable.
La véritable dignité consiste d’abord à permettre à chacun d’être soulagé, accompagné, entouré et respecté jusqu’au terme de sa vie. C’est pourquoi je continuerai de défendre le développement des soins palliatifs, le soutien aux aidants et l’accompagnement des personnes les plus vulnérables.
Vous m’écrivez enfin que ce vote me coûtera peut-être des suffrages.
C’est votre droit de ne plus partager mes choix, comme il est de ma responsabilité d’assumer les miens.
Être député, ce n’est pas voter en fonction des sondages ou des échéances électorales. Le mandat de député n’est pas un contrat commercial. C’est écouter, réfléchir, mesurer les conséquences de chaque décision et voter en conscience, dans le respect de l’intérêt général.
Sur une question aussi fondamentale que celle de la fin de vie, je ne pouvais agir autrement.
On peut perdre une élection. On ne doit jamais perdre sa conscience.
C’est cette exigence qui a guidé mon vote. C’est elle qui continuera de guider mon engagement au service de nos concitoyens.
Bien cordialement,
Laetitia Saint-Paul
Députée de Maine-et-Loire
Article du Courrier de l’Ouest à lire sur le lien suivant : https://www.ouest-france.fr/societe/fin-de-vie/droit-a-laide-a-mourir-la-deputee-saumuroise-laetitia-saint-paul-explique-pourquoi-elle-a-vote-contre-005377a8-82c1-11f1-8650-d79ccbde952a